vendredi 15 avril 2016

Initiation pêche aux homards pendant les grandes marées...


Lors de nos sorties de pêche à pieds, il nous arrive parfois de trouver un homard, c'est très rare et bien souvent un coup de chance. Ces crustacés sont malins, ils sont très biens cachés au fond de leurs trous quand l'estran est au sec, ils n'en ressortiront que lorsque l'eau aura recouvert leurs "cachettes"...

 Voici un trou à homard que l'on appelle aussi une "grotte". En général, si celle ci est pleine de goémon, il y a peu de chance qu'elle soit habitée... Si par contre elle est plutôt propre et qu'il y a une petite remontée de sable en guise de protection devant le trou (comme c'est le cas sur cette photo), il est fort possible qu'un homard s'y cache.


Pour découvrir cette pêche aux homards, je vais accompagner Philippe, "maître bleu" comme on l'appelle sur les réseaux sociaux, il est le spécialiste de cette technique. Mon ami, qui habite au pieds du Sillon du Talbert, a un sacré secteur de pêche qui va en gros de la sortie du Jaudy, Kermagen, à la sortie du Trieux, l'île à Bois. Quand je lui ai demandé combien de trous à homards différents il connaissait, il m'a répondu qu'il en avait plus de mille! C'est très impressionnant quand on sait que son territoire est très plat et que la mer se retire sur plusieurs kilomètres. De plus, lorsque l'on se trouve sur l'estran, tous les cailloux se ressemblent... Pour accéder à la "grotte" la plus lointaine qu'il connaisse, Philippe doit parcourir 7 kilomètres à pieds!

Dans 2 heures toute la zone sera à sec sur au moins 2 à 3 kilomètres!


En arrivant la météo est maussade, il y a beaucoup de vent et le ciel est bien couvert, nous sentons un petits "crachin" breton. Il y a eu plusieurs grosses averses dans la matinée, espérons que ça ne va pas encore se dégrader au fil de l'après midi... Nous sommes en fin de marée, déjà 3/4 jours que l'estran est fouillé de fond en comble par les pêcheurs à pieds à la recherche de coquillages et crustacés, souhaitons qu'il reste encore quelques homards qui n'ont pas été délogés. 
Après 2 bons kilomètres à pieds, nous nous dirigeons vers le premier trou, Philippe m'explique comment aborder ces derniers; il faut pousser le bâton armé d'un hameçon à congre au fond de la grotte et le déplacer "de gauche à droite" ou "de droite à gauche" en fonction de la forme de la roche. Pendant ce passage on doit ressentir si le crochet est attaqué par un crustacé; homard, étrille, tourteau... Parfois il arrive également que ce soit un congre qui squatte le trou! En général, si c'est un "bleu", il donnera des coups de pinces "réflexe" dans l'hameçon...
Philippe me laisse passer le bâton en premier dans la grotte, je ne ressens pas d'attaque mais lorsque je pousse l'hameçon au fond j'ai l'impression qu'il y a quelque chose de mou. Je me dis que c'est peut être un tas de goémon. Philippe vérifie derrière moi...

"Le bâton est le prolongement de notre main, avec l'habitude on ressent tout ce qui se passe dans les grottes" me confie Philippe.


Après une inspection par le spécialiste, il s'avère que c'était en fait un congre qui était caché dans cette grotte! 

Premier trou et déjà un petit congre, ça commence bien!


Nous continuons notre route à travers les rochers, parfois nous traversons même des couloirs d'eau qui font penser à des rivières tellement le courant y est puissant... 
Voici une nouvelle grotte, quand j'y passe le crochet cette fois ci je sens bien des petites vibrations dans le bâtons et je me dis que c'est peut être un homard? J'essaie d'agripper le crustacé délicatement, sans l'abîmer... Yes! c'est un "bleu"!!! 

Génial, en suivant les conseils de Philippe, je sors mon premier homard sans difficultés.


Le céphalothorax fait 8 cm, il n'est pas maillé...  La taille légale est de 8.7cm. Remarque: Beaucoup de pêcheurs croient qu'il faut compter le rostre (pointe à l'avant de la tête) quand on mesure le homard, et bien non! En cas de contrôle par les affaires maritimes c'est l'amende assurée...


Nous le remettons délicatement dans son trou, "au revoir petit homard ;) "


Nous repartons pour d'autres trous, c'est qu'il en connait un paquet mon Philippe! Cela fait plus de quarante ans qu'il parcourt l'estran en long, en large et en travers. Certaines grottes sont très accessibles comme  un caillou ou une faille complètement à sec à marée basse. D'autres sont beaucoup plus compliquées, par exemple une grosse roche immergée dans une grande mare avec plusieurs issues... 

Pour prospecter certains trous, Philippe est obligé d'aller dans l'eau jusqu'aux cuisses. Et dans ces conditions il est très difficile d'attraper les homards car ils sont dans leur élément... S'il sort, il ne faut pas le perdre de vue sinon vous ne le retrouverez jamais! 


C'est souvent dans ce type de trous que se trouvent les plus gros homards car ils sont biens cachés et moins connus, mais les crustacés sont aussi plus compliqués à attraper. Philippe en manque deux, dont un largement maillé qu'il a pu apercevoir. C'est dommage mais c'est ça aussi la pêche... Mon ami aura l'occasion de revenir prendre sa revanche lors de la prochaine marée en espérant que ces "bleus" seront toujours là. 
Pendant que Philippe essaie de retrouver le homard qu'il a vu, je cherche un peu de mon côté histoire de voir si je ne peux pas trouver moi même une grotte... J'en repère deux ou trois et en prospectant bien comme il faut avec le bâton, je réussis à déloger un petit homard!  

Il a perdu une pince pendant la "bataille" en essayant de le sortir de son trou... Mais ne vous inquiétez pas, elle repoussera lors des prochaines mues.


Nous aurons l'occasion de fouiller une quarantaine de trous environ et nous délogerons 5 homards mais aucuns ne feront la taille légale. Nous avons vu deux autres  bleus dans leurs grottes mais nous les avons laissé tranquilles car à vu d'oeil ils étaient bien trop petits...

 Sur cette photo on peut distinguer un homard trahit par ses pinces... Nous l'avons laissé tranquille dans son trou car il ne faisait pas la maille.


Sur le chemin du retour nous ferons quelques étrilles, un tourteau correct et quelques praires. Nous avons trouvé plusieurs ormeaux aussi durant la partie mais aucun ne faisaient la taille, 8/8.5 cm maximum...

Tous les petits homards sont repartis en pleine forme dans leurs trous...


L'important pour moi était de découvrir cette façon de "taquiner" le homard car j'ai toujours été impressionné par la quantité de "bleus" que fait Philippe à chaque marée. C'est plus qu'une technique, c'est un art! Et je suis ravi que mon ami ait accepté de partager sa passion avec moi.

Pour terminer, voici une petite vidéo que j'ai fait lors de cette journée:




Elle est toute simple, j'aurais bien voulu faire quelque chose d'un peu plus complet et original, mais la météo et le vent (on l'entend au début de la vidéo) ne m'ont pas permis de le faire, c'est bien dommage... Mais ce n'est pas grave, ça sera une bonne occasion pour retourner accompagner "maître homard" dans les mois à venir! 

Un grand merci à toi Philippe, j'ai vraiment passé une excellente journée!




@micalement, Nicolas.

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